02.11.2009

La tisane

J’embrassai du regard l’assemblée silencieuse. Une menace planait sur nous, une menace  qui ne venait pas seulement de l’endroit où Rugojanu prenait des notes. Je poursuivis :

-       Ne vous laissez pas surprendre ! Méditez souvent là-dessus. Faites vôtres en esprit les vertus du Christ et des saints. Le pasteur, qui m’enseigna le premier les vérités chrétiennes et qui mourut pour sa foi, m’avait donné la recette d’une tisane contre la douleur. La voici.

 

Je leur racontai alors l’histoire d’un médecin des premiers temps du christianisme injustement emprisonné par l’empereur. Après plusieurs semaines d’incarcération, les siens furent autorisés à le voir, et ils se mirent tout d’abord à pleurer. Ses vêtements étaient en logues et on ne lui donnait qu’une tranche de pain et un verre d’eau par jour Sa femme s’étonna pourtant de sa mine.

-       Comment se fait-il que vous ayez l’air aussi bien ?  On dirait que vous revenez tout juste d’une noce ?

Le médecin répliqua en souriant qu’il avait trouvé un remède convenant à tous les maux et sa famille lui demanda ce que c’était.

Il leur dit :

-       C’est une excellente tisane pour tous les maux physiques et moraux. Elle contient sept herbes que je vais vous énumérer.

 

ü  La première s’appelle contentement de son sort : soyez satisfaits de ce que vous avez. Je grelotte peut-être sous mes haillons en rongeant mon croûton, mais comme je serais moins bien si l’empereur m’avait jeté nu dans un cachot sans rien à manger.

ü  La seconde herbe est le bon sens. Que je me réjouisse ou m’inquiète, je serais toujours en prison, alors pourquoi me plaindre ?

ü  Le troisième est le souvenir des péchés passés : comptez-les et, en supposant que chacun mérite un jour de prison, calculez combien de vies humaines vous passeriez derrière les barreaux. Vous vous en tirez donc à bon compte.

ü  La quatrième est la pensée des souffrances que le Christ a supportées avec joie pour nous. Si le seul homme qui pouvait choisir son destin sur la terre a choisi la souffrance, quelle valeur a-t-Il dû lui reconnaître ! Donc, nous nous rendons compte que, supportée avec sérénité et joie, la souffrance rachète.

ü  La cinquième herbe est la connaissance que la souffrance nous a été donnée par Dieu comme par un père non pour nous faire du mal mais pour nous purifier et nous sanctifier. La souffrance que nous endurons a pour but de nous purifier et de nous préparer au ciel.

ü  La sixième est la connaissance qu’il n’y a pas de souffrance inutile pour un chrétien. Si les plaisirs de la chair sont tout, alors la douleur es la prison mettent fin au but de l’homme dans la vie, mais si l’essentiel de la vie est la vérité, une cellule de prison n’y changera rien. En prison ou à l’extérieur, deux et deux font quatre. La prison ne peut m’empêcher d’aimer ; les barres de fer ne peuvent chasser la foi. Si ces idéaux comblent ma vie, je peux être serein n’importe où.

ü  La septième herbe enfin est l’espoir. La roue de la vie peut mettre le médecin de l’empereur en prison, mais elle continue à tourner. Elle peut me placer dans le palais et même me mettre sur le trône.

 

Je fis une pause. L’église comble était silencieuse.

 

-       Pour ma part, repris-je, j’ai bu des tonneaux de cette tisane et je peux la recommander à tous. Elle s’est révélée excellente.

Extrait du livre de Richard WURMBRAND « mes prisons avec Dieu »

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